Compétitivité industrielle française : l’avenir repose sur les PME (09/02/2012)

Par Michel PAYEN -

A partir d'une analyse de la situation économique des PME et ETI* françaises en 2011, ce billet inaugure une série consacrée à la compétitivité industrielle des entreprises et au management des PME et des ETI.


Panorama d’une économie française en déliquescence.

En quelques mois, économistes et politiques de tous bords ont fait la synthèse des douleurs symptomatiques dont souffre l’économie française. Le diagnostic est sans appel. Victime collatérale, en premier lieu, d’une crise due à l’impéritie du monde de la finance, la France montre aujourd’hui qu’elle ne dispose pas des bons ressorts pour rebondir. Dans l’adversité, il ne lui est plus permis de masquer ses failles ni de taire les mauvais choix qui ont été faits pour maintenir, coûte que coûte, une croissance de bon aloi tout au long des années 2000. Plombée aujourd’hui par des dettes publiques à hauteur de 1 726 milliards d’euros (1), un déficit abyssal de son commerce extérieur (-70 milliards d’euros attendus pour 2011), un taux de chômage de 9,8% et une dépense des ménages en recul de 0,5% en 2011 (2), l’économie française commence l’année 2012 avec une gueule de bois historique et une prévision de croissance proche de zéro (estimations entre 0,2 et 0,5%).
 
D’aucuns tenteront de pondérer ces mauvais chiffres en arguant qu’ils doivent beaucoup à un euro trop fort ainsi qu’à une hausse brutale de la facture énergétique. C’est certes vrai, mais ils s’expliquent surtout par une compétitivité en berne des entreprises françaises, autant que par un recul industriel chaque année plus marqué depuis le début des années 80. En bref, nous exportons peu, nous consommons ce que nous produisons et, comme cela ne suffit pas, nous importons massivement des produits fabriqués dans des pays désormais émergés, chez lesquels l’augmentation du niveau de vie provoque une hausse des prix constante des produits exportés. Nous perdons nos usines et nous importons de l’inflation. Au-delà, nous perdons la maîtrise de notre destin en le laissant aux mains de systèmes économiques mus par un tempérament mercantile auquel nous n’opposons qu’un vide stratégique.
 
Désindustrialisation et perte de compétitivité : l’avenir repose sur nos PME et ETI.
En 1999, la part de nos emplois manufacturiers représentait 16% de l’emploi total en France ; elle est aujourd’hui de 11% et rien ne semble pouvoir endiguer cette désindustrialisation dans les années à venir (3). En 1999, notre balance commerciale présentait un excédent de 30 milliards d’euros (3), par comparaison au déficit de 75 milliards d’euros estimé pour 2011 (pour mémoire, l’Allemagne a enregistré un excédent de 153 milliards d’euros en 2010). 
 
Dans son livre « La France sans ses usines », co-écrit avec Marie-Paule Virard, Patrick Artus (5) évoque le malaise des entreprises françaises ; seules 90 000 sont exportatrices, contre 240 000 en Allemagne et 250 000 en Italie. Il relève que, chaque année, 17% des entreprises de 250 à 500 salariés sont rachetées par de grandes entreprises, ce qui explique pour partie la faiblesse du nombre d’entreprises de taille intermédiaire (ETI) en France (4200 contre 10 400 en Allemagne). En changeant de main, de façon prématurée, ces entreprises perdent leur audace, leur sens de l’innovation et une bonne part de leur potentiel de croissance ; elles sont souvent avalées par de lourdes organisations à seule fin de consolider leur course à la croissance.
 
Ne nous y trompons pas, le relèvement industriel de la France, gage potentiel de croissance par le redressement du niveau de l’emploi, ne sera guère l’affaire des très grands groupes français dont l’expansion ne dépend plus désormais que de l’internationalisation de leurs activités. Ce relèvement passe par la redynamisation de nos PME, par leur capacité à grandir pour devenir des entreprises de taille intermédiaire, puis par la capacité de nos ETI - devenues alors plus nombreuses -  à rejoindre les rangs des grandes entreprises.
 
Par quel coup du sort notre compétitivité s’est-elle effondrée à ce point ? 
En synthèse, notre obsession de maintenir une croissance élevée au cours des quinze dernières années a requis un soutien permanent à la consommation, nourricier de nos déficits publics. Nous nous sommes enfermés dans un modèle fondé sur la demande, au détriment d’un modèle d’affaires plus offensif, basé sur l’offre. Au cours de cette période, nous avons perdu une bataille économique majeure sur deux terrains : celui de la compétitivité sur les prix et celui de la compétitivité hors prix.
 
Pour ce qui est de la compétitivité sur les prix, en raison d’une forte dérive du coût du travail et d’un positionnement de leurs produits sur le moyen de gamme, les entreprises françaises ont souvent été confrontées à deux seuls choix : sacrifier leurs marges pour conserver leurs parts de marché ou augmenter leurs prix pour maintenir leurs marges. Dans le premier cas, elles se sont fragilisées au point de voir leur capacité d’investissement et d’innovation réduite à la portion congrue ; dans le deuxième cas, elles ont perdu des parts de marché, tant à l’exportation que sur le marché domestique. En 2011, le taux de marge moyen des PME et ETI françaises a été légèrement inférieur à 29%, soit le plus faible niveau depuis 25 ans, mais aussi l’un des plus bas d’Europe (4). 
 
Du côté de la compétitivité hors prix, à l’exception notable de notre industrie du luxe qui représente le deuxième solde positif de notre balance commerciale (excédent de 14 milliards d’euros en 2009), la plupart des entreprises françaises ne parviennent pas à se positionner sur le créneau des produits haut de gamme dont elles retireraient pourtant des marges confortables (6). L’enquête COE Rexecode, réalisée chaque année depuis quinze ans auprès d’un panel de responsables d’achat des grands pays européens, montre que le rapport qualité/prix des produits français demeure perçu inférieur à celui des produits allemands et que l’attractivité de leurs prix ne parvient pas à constituer un argument face au manque de qualité perçue. 
 
Parmi les chiffres clés de ce sombre tableau, on aura à l’esprit le poids des charges sociales qui représentent aujourd’hui 19% du PIB de la France, contre 16% du PIB de l’Allemagne et 8% seulement de celui de la Suède. On citera aussi le caractère inique de notre fiscalité envers les PME, pour lesquelles l’I.S., rapporté à l’excédent net d’exploitation, s’élève à 39,5%, alors qu’il n’excède pas 18,6% pour les grandes entreprises (4).
 
On ne peut pas clore ce panorama sans évoquer le volet du management des PME et ETI françaises, confronté à des difficultés de gestion sans pareilles en Europe, en raison de la complexité et du caractère conflictuel des relations entretenues avec les administrations, les autorités de réglementation, les donneurs d’ordres, les syndicats, les établissements financiers, etc. Parmi les dégâts les plus saillants, on retiendra les difficultés d’accès aux financements, les négociations léonines imposées par la grande distribution au monde paysan et aux acteurs de l’agroalimentaire, tout comme les conditions dictées aux entreprises de sous-traitance par les grands donneurs d’ordres. La faiblesse des marges est un indicateur princeps de ces tensions, de même que les retards de paiement qui affectent 93% des PME françaises (4). 


Michel PAYEN

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Cet article sera suivi prochainement par « Les facteurs clés de succès d’un renouveau de la compétitivité des PME et ETI françaises ».

Consultez la liste de nos articles sur l’économie et le management des entreprises des secteurs de la santé, de la beauté et du mieux-être

Sources :

(1) Gouvernement
(2) INSEE
(3) « la France sans ses usines » Patrick Artus et Marie-Paule Virard, publié en 2011 chez Fayard
(4) Xerfi Previsis 2012-2017
(5) Directeur de la recherche et des études chez Natixis
(6) « La compétitivité par la qualité » Think-Tank Fondapol – Emmanuel Combe et Jean-Louis Mucchielli, Professeurs de sciences économiques

* PME ; ETI et GE : voir les définitions

Vos commentaires :

"Excellent bilan de votre part. Le poumon économique d’un pays ne réside pas seulement dans ses énormes structures commerciales mais surtout dans sa multitude de PME / ETI.
"
Mathieu KULCZYCKI
"Avec ce nouvel article vous nous gâtez à nouveau quant à vos analyses brillantes et votre synthèse percutante.

Alexis de Bertren"
"Vos propos sont d'une grande clarté et devraient être repris par tous les prétendants au pouvoir dans notre pays.
"
Pierre C
"Je suis intéressée par votre article et par l'idée que les PME et les ETI font la différence dans l'économie d'un pays.
Ensemble, les propriétaires de PME dynamisent l'économie, stimulent la créativité, favorisent l'entraide et ce au profit de la communauté.
Personnellement, en avril de cette année, j'établirai mon entreprise dans le domaine de la santé chez vous sachant que la PME fait toute la différence.
Au plaisir de vous lire à nouveau."
France Labbé

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